Météo rétrospective

La météorologie donne le plus souvent le temps qu'on pense qu'il va faire. Nous donnerons plus sûrement le temps qu'il a fait.

dimanche 1 novembre 2009

Les tombes sont fleuries de neuf. Aux abords du cimetière, au pied du muret mais du côté hors l'enceinte, on voit parmi les ronces harassées par la sècheresse, ici ou là, des petits tumulus de terre. Tronc de cône ou de pyramide, formés d'une terre que la résille saturée des radicelles retient en forme, ce sont les pots de l'an passé retournés là pour les vider, leurs fleurs défuntes à présent, et y planter du neuf. La sépulture originelle apparaît ainsi marginalement, caractérisée par sa réalisation à l'improviste et face à l'échéance.

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samedi 31 octobre 2009

Je viens de passer une semaine à Marseille et, outre qu'il y faisait exagérément doux, je m'y suis senti incapable d'y faire un pas sans me trouver entre deux types de choses connues. D'un côté, les innombrables visages que j'y reconnais, jusqu'au guichetier de l'agence SNCF du centre Bourse dont je sais qu'il travaillait jadis à la gare même. De l'autre, cet espèce de halo physionomique enveloppant certains, comme il arrive au personnage de Marcel Proust de retrouver à tout propos tel visage peint par Bengozzo Gozzoli dans La Cavalcade des Rois Mages sur celui de quelqu'un qu'il examine dans une réception, mais avec cette différence que je ne voyais çà et là paraître parmi les piétons que tel ou tel des habitants de mon village, jusqu'à ce qu'une seconde décisive après je corrige : mais non, Nicole n'a pas les cheveux de cette couleur.

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samedi 24 octobre 2009

Hugo Victor, Les Misérables (éd. du Ministère de l'éducation nationale*, p. 121)

"La nuit n'était pas très obscure ; c'était une pleine lune sur laquelle couraient de larges nuées chassées par le vent. Cela faisait au dehors des alternatives d'ombre et de clarté, des éclipses, puis des éclaircies, et au dedans une sorte de crépuscule. Ce crépuscule, suffisant pour qu'on pût se guider, intermittent à cause des nuages, ressemblait à l'espèce de lividité qui tombe d'un soupirail de cave devant lequel vont et viennent des passants."

* Ces éditions destinées aux premiers prix ne sont pas sans coquilles.

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jeudi 22 octobre 2009

Pour François Chaslin

En ôtant le lierre qui recouvre un muret mitoyen sur le pourtour du jardin de Mme R. ce matin, je me faisais cette réflexion en voyant le lierre pousser indifféremment depuis le côté du mur où je me trouvais, et de l'autre côté. Le lierre ne pousse pas sur le mur, mais l'enveloppe de part et d'autre. Il ne fait pas de doute que les pousses d'un côté puissent provenir de la même souche que celle de l'autre côté, forant le mur dans sa partie basse, empruntant là quelque lit, pour aller trouver le jour derrière. C'est une enveloppe totale qui pourrait, théoriquement, finir par dissocier le mur de son fondement. Et c'est un peu cela qu'essayait d'évoquer l'animateur de l'excellente émission d'architecture, Métropolitains, dans son édition du 8 de ce mois.

Il faisait remarquer à l'une de ses invités que les normes environnementales touchant à l'isolation des bâtiments dans un but énergétique avait pour inconvénient ce risque : emmitoufler toute construction dans un anorak, enveloppant les reliefs, ouvertures et détails, imposant d'éventuels bourrelets, etc — c'est moi qui en rajoute un peu. Et par là rendre d'allure identique tous les bâtiments, les appariant tout au moins, et surtout dans le cas d'adaptation des bâtiments anciens aux normes énergétiques nouvelles. Bref, ce recouvrement n'est pas sans rappeler celui du lierre, c'est-à-dire un parasite affectant la relative liberté de penser une construction. L'invitée de Chaslin se débrouillait de cette critique en disant que dans certains cas… bref, elle avait des contre-exemples. Reste que longtemps avant l'écologie les bâtiments ont été conçus en regard de leur milieu naturel, et qu'il y a pour cette question prégnante de ce que coûte l'alimentation d'un bâtiment une réponse générale qui consiste à le rendre hermétique. L'enveloppe donc, pourrait se traduire physiquement comme ce que les modes donnent à voir, mais ce serait une mode dictée, qui viendrait se greffer là comme un parasite. Cela ne mériterait pas d'essayer de voir les choses en face si la question économique des énergies n'était pas grave.

Ce qui est marrant, c'est qu'un invité de l'émission la semaine suivante, François Seigneur, racontait une œuvre qu'il avait réalisée, consistant en une surface peinte dans l'espace d'un bâtiment, un passage, et qui devait être entretenue chaque année par l'addition d'une couche de peinture supplémentaire. Et il illustrait l'un des enjeux de cela par cette formule à peu près : "il se passait le truc que tout le monde connaît, c'est qu'à force de rajouter une couche de peinture sur une fenêtre, on ne peut plus la fermer."

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lundi 19 octobre 2009

Françoise Fressoz, Les Limites de l'hyperprésidence (Le Monde, samedi 17 X 2009 p. 10)

"La chape de plomb est lourde sur le cas Jean Sarkozy mais ce que disent en 'off' les voix de la majorité sonnent comme une alarme pour le président."

C'est un exemple typique d'interprétation erronée d'une phrase par un correcteur informatique d'orthographe. Et c'est un exemple publié.

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samedi 17 octobre 2009

Georges Bernanos, La France contre les robots (éd. Robert Laffont 1947 p. 182)

"La Civilisation des Machines est la Civilisation des techniciens, et dans l'ordre de la Technique un imbécile peut parvenir aux plus hauts grades sans cesser d'être imbécile, à cela près qu'il est plus ou moins décoré. La Civilisation des Machines est la civilisation de la quantité opposée à celle de la qualité."

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mercredi 14 octobre 2009

Henri Purcell, Didon & Enée, acte I scène 1

"Belinda — Shake the Cloud off your Brow,
                Fate your wishes do Allow.
                              Empire Growing,
                              Pleasures Flowing,
                Fortune Smiles and so should you,
                Shake the Cloud off your Brow,
[…"

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mardi 13 octobre 2009

Des titres

Pour ceux qu'étonne la promotion d'un des fils du président français dans les affaires, c'est oublier qu'il avait été déjà tenté de le placer (ou bien était ce son frère ?) dans la politique municipale de Neuilly — et réussi ? je ne suis même plus sûr que non. Je me souviens bien par contre d'une petite allocution du fils en question, alors. Tout était dit dans le ton, l'humour feignant, avec lequel il avait placé dans son laïus qu'il avait déjà une petite expérience de la vie politique de par sa famille, glorieux par procuration. Pour le reste, un deug à 23 ans, ça paraît difficile puisque ce degré d'étude est maintenant dissout dans ce qu'on appelle "master un", et que ce master, à cet âge, il ne l'a pas encore obtenu semble-t-il.

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dimanche 27 septembre 2009

Dominique Fourcade, "éponges modèle 2003" (éd. P. O. L. p. 47)

"Leurs feuilles à ce stade du printemps, et pour quelques jours seulement encore, ne sont pas assez grandes pour cacher le réseau des branches, mais déjà assez denses pour l'envelopper sans le tenir."

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mercredi 23 septembre 2009

Hölderlin, "Hypérion" (Poésie/Gallimard trad. Ph. Jacottet pp. 70 et 71)

"… ] à droite, des nuées d'orages s'amoncelaient au-dessus des forêt du Sypile : je ne sentais pas la tempête qui les portait, rien qu'un souffle dans mes cheveux, mais j'entendais leur tonnerre comme on devine la voix de l'avenir, et je voyais leurs flammes, comme la lumière lointaine de la divinité pressentie."

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