lundi 21 juillet 2008
Sur Marseille
Promenade ce matin le long des immeubles dits de Fernand Pouillon (quoi que les architectes qui ont participé à la reconstruction de la rive nord du vieux port soient beaucoup plus nombreux). Une jeune femme au front hâlé dans une robe exigüe d'un blanc brillant un peu mais surtout dominé par un motif grenat décrivant de grands pétales tentaculaires qui étreignaient son buste et ses hanches comme cela aime vraisemblablement l'être hors le physique d'une toile, a répété trois fois au monsieur et à la dame plus âgés qui l'accompagnaient, à l'ombre de la rue de la Loge, sa question avant qu'une réponse lui soit donnée : "C'est bien les immeubles construits par Pouillon, n'est ce pas ?" Tel qu'à la troisième occurrence, n'y tenant plus après la pause que je marquais pour contempler l'ensemble de la fille au pied des immeubles, leurs façades hautes, je lançais à présent qu'ils m'avaient dépassé sur le trottoir : "Les plus beaux sont tout au bout du port…" En pensant à la Tourette ; mais le monsieur avait fini par entamer une réponse aussi, tandis que l'homme plus jeune qui les précédait avec un bagage et les cheveux au vent s'arrêtait et se retournait aussi sur le trio qui prêta vaguement attention à mon entrée mais avec l'air sûr que je ne m'adressais pas à eux, et parlais peut-être tout seul. Peu m'importe, j'irai seul à la Tourette. Je profitais pour visiter les nouveaux aménagements en esplanades derrière la mairie, dans ce qui pendant si longtemps est resté des fouilles archéologiques autour d'un des trois plus vieux bateaux grecs connus si bien conservés de tout le bassin méditerranéen — tout en se mélangeant avec l'expectative du musée César après que ce-dernier ait eu la présomption de faire don de plus de cent sculptures en fonte à la ville (vers 1992), sans penser un instant que la ville puisse refuser un tel lot — et me rendre compte que le parking souterrain dont la construction avait donné lieu à la découverte du bateau s'est établi de façon plus nette que le musée. Sans oublier, dominant le parking, le décor immonde d'oliviers barbotés on ne sait où mais posés là dans des pots d'un goût de chiottes, et surtout d'une arrogance innommable. Quand on pense que des gens trouvent à redire à la disposition d'un seul pot de fleur géant par J. P. Raynaud devant Beaubourg (ce qui n'a rien de bien formidable, d'ailleurs), et qu'on laisse installer cette verroterie monumentale entre les rares jolis bâtiments historiques de la ville, avec en plus des arbres instrumentalisés dans ces pots indignes de les recevoir ; on a envie d'écrire la suite.
Ce ne sera peut-être pas si alerte que ce qui précède, parce que je viens de manger une bonne assiette de pâtes avec un peu de tomate et du persil en regardant sur une double page la reproduction de l'Histoire de la vraie croix, par Piero de la Francesca, que j'avais appuyée au mur, face à mon assiette. Avant d'arriver jusqu'au bout du port, je poursuivais mon parcours sinueux dans les cours, les zones de garage, l'arrière, des bâtiments dits Pouillon, repassant par des endroits dans lesquels j'ai pu passer cent fois, parfois complètement changés, parfois identiques dans un caractère, et croisant des personnes connues sans leur dire bonjour. Mais je passais aussi deux mètres à côté d'endroits où je suis passé cent fois, cet écart me faisant passer ainsi par d'autres endroits, où je n'avais jamais mis les pieds. Juste avant la mairie, passant sous une galerie qui se prolonge à couvert sous l'angle d'une barre d'immeuble, je me retrouvais dans une des ces vastes cours sur l'arrière des bâtiments, pleine de voitures stationnées, ponctuées de platanes devenus grands. Le pied de l'immeuble à ma droite, sur cette cour, était aménagé d'une longue coursive assez large et limitée par un alignement de colonnes à section carrée, créant un espace entièrement vide (ou rempli de lui-même) de mobilier, d'usages, etc. Un simple passage immense, donnant de l'ombre et de la mesure à l'espace, comme un intermédiaire public entre le parc de stationnement de la résidence et les communs de l'immeuble, puis les appartements. La modestie de la colonnade, son emplacement sur l'arrière, au rez-de-chaussée sous six ou sept étages, ne lui ôtait cependant rien de son caractère majeur ; sa stature linéaire, régulière, rehaussée par la succession des angles de chaque colonne, marquait clairement la familiarité de ce passage avec le portique d'un déambulatoire antique. C'est alors que je me suis remémoré, poursuivant ma promenade, les quelques endroits par où j'étais passé juste avant et où il y avait de la vue, de la profondeur, un état de l'espace. Dans un des blocs précédents, c'est un petit belvédère qui est aménagé au-dessus d'une autre de ces cours avec platanes et utilisées pour le stationnement des voitures. Un petit belvédère qui donne sur un parking arboré et, au-delà, un immeuble ; derrière cet immeuble, il y a le vieux port, la colline avec N. D. de la Garde, mais ce n'est pas visible : le belvédère donne sur la cour et l'immeuble. Plus loin, après la mairie, des grands portiques débouchent de la colline du Panier sur la rue de la Loge par des escaliers assez hauts, surtout qu'ils passent sous une arche au beau milieu d'une barre d'immeuble ; lorsqu'on descend ces escaliers, c'est somptueux parce que l'on plonge d'un espace dans un autre, et cela passe d'abord avec le regard. Mais l'important pour moi ce matin, cela devenait que depuis le port, ces escaliers, ces porches d'ordre géant, cela soit invisible, presque systématiquement dissimulé derrière un masque perspectif. En effet, les immeubles du front du port forment un alignement sur le quai, avec galeries au rez-de-chaussée, les étages en façade ordonnés avec constance d'un bout à l'autre en balcons etc. La barre qu'ils forment, c'est une muraille, et derrière, l'ensemble de ces bâtiment s'anime, dans une harmonie propre, rayonnante et autarcique, à l'image du dédale détruit pendant la guerre et dont cet ensemble est venu prendre la place, mais pas chasser l'âme urbaine. Et j'ai compris alors que la réussite de la reconstruction du vieux port, c'était d'abord cet aménagement de l'arrière, cette adoption du fonctionnement urbain méditerranéen, qui consiste à regarder chez soi par sa fenêtre : à regarder une autre ombre depuis l'ombre. Le petit belvédère à balustrade donnant sur le parking de l'immeuble est un détail exemplaire, et cet ensemble, comme celui de la Tourette, fourmille de détails analogues.
Au bout de la rue de la Loge, il y a une nouvelle pâtisserie, mais je n'avais que 35 cents, et je ne sais pas ce qu'ils vendent. Cependant, tout dans l'allure de ce commerce m'indique un réveil du quartier, entrepris voilà des années mais qui bénéficie d'appuis nouveaux ; les petits balcons avec passage aménagé jusqu'au balcon d'à côté, ça n'intéresse plus, bien que le bout de la Loge en soit plein, il faut maintenant des choses moins discrètes. Je me dirigeais vers le Tourette en empruntant les rampes d'escalier successives qui mènent à l'église Saint-Laurent, et entre lesquelles un palier doit avoir au moins 30 mètres de long, formant une terrasse immense avec vue sur le port, et que j'ai toujours vue vide, avec rarement plus de quelques passants (4 ce matin). En montant l'escalier, je voyais des yachts amarrés à côté de l'ancienne douane, et je me disais, voilà bien des yachts, et bien démonstratifs… Jean-Claude Gaudin veut des yachts, il s'est toujours dit : pourquoi des yachts à 200 km d'ici, et pas ici même ? Robert Vigouroux s'est posé la même question avant lui, et d'autres avec eux ; le fait est qu'ils ont compris quelque chose du genre : on ne met pas de yacht ici car l'écrin effacerait leur éclat. Voilà sans doute un problème posé par le vieux port, seulement Jean-Claude Gaudin a trouvé une sorte de parade (il ne l'a pas inventé, c'est un vieux truc) qui va consister à endommager suffisamment l'écrin, pour pouvoir y faire briller des yachts. Il a commencé par vendre la ville à des gens qui pensent pouvoir "faire la pluie et le beau temps" (Arréva, Véolia et cætera), et pour cela, il a reçu le soutien de l'état, et l'idée de ville privatisée risque de faire son apparition, de fait.
En passant autour de l'église, dans une nef mitoyenne à l'église, et disposant d'un petit parvis avec vue sur le golfe, j'ai vu la porte entre-baillée, et lorsque je m'en approchais, elle s'est ouverte. Un type me proposait de rentrer, que justement le curé se trouvait là, lui-même présent pour essayer de sortir un tableau qui ne passait pas par la porte et le remettre dans l'église Saint-Laurent proprement dite, où il se trouvait d'ailleurs avant (avant la guerre). Il attendait un gars de la régie municipale, et celui-ci est arrivé à l'instant, pendant que nous discutions du tableau, trop grand de 18 mm pour la porte ; je suis sûr que s'ils avaient voulu que je les aide, le tableau serait dehors à présent. Mais c'est moi que le curé a mis dehors, prétextant qu'il allait fermer. Sur ce petit parvis, carré, comme un terrasse avec balustrade en ferronnerie, qui domine la route d'1,5 m., je voyais d'un côté la Tourette toute proche, et à ma gauche, au loin après la Joliette, la tour en construction de Zaha Hadid, immense, presque phénoménale, parce que la ville veut avoir son phénomène de tour avec sa flotille de yachts, et ne répondant au fonctionnement de rien, sinon le mot d'August Komendant qui dit qu'arriver à une signification architecturale avec une structure horizontale est difficile ; c'est-à-dire implicitement que la tour est une recette… L'intention manifeste dans cette tour me semblait d'autant plus grossière que lorsqu'il s'agit d'invoquer le passé patrimonial pour remettre un tableau à sa place sans se demander si c'est toujours sa place ou si ce tableau a une valeur autre que celle d'indice d'histoire, la même municipalité sera toujours d'accord.
Enfin, j'empruntais la voie brève et en pente qui passe entre les bâtiments de l'église et ceux de la Tourette, et me retrouvais dans la vaste cour formée par cet ensemble, et utilisée pour stationner les voitures, et j'étais heureux des détails, notamment des éléments en terre cuite, ou les passerelle brèves qui aboutissent depuis les balcons d'un immeuble sur un mur aveugle de l'immeuble voisin.
Le vent s'est levé dans la nuit, ça se rafraîchissait sous la fenêtre ouverte où nous dormions, et nous l'avons fermée. Puis, dans une autre pièce, un rideau s'avançait avec une telle ampleur, devant une autre fenêtre ouverte, qu'il a renversé la corbeille à papier voisine. Le vent n'a pas cessé d'augmenter dans un ciel bleu uni, avec le caractère particulier que ces mots prennent dans la région, si bien qu'il ne fait chaud qu'entre les murs d'une rue côté soleil, mais dès que l'espace s'ouvre, la masse du courant d'air s'y engouffre. Du côté de la mer, une femme vieille peinait à ouvrir le couvercle de la poubelle publique, et certaines rafales deviennent sonores, plus fortes encore que ce matin. Des nuages hauts, tout effilés, légers avec ici et là des bancs de petits flocons, formés en fuseaux se succédant à l'horizontal d'ouest en Est, sur trois ou quatre lignes parallèles, s'amènent par le nord, quasi statiques. Les sirènes de pompiers commencent à se faire entendre entre les souffles insistants et les mille claquements en conséquences du vent. Des cirrus tortueux marbrent à présent l'azur dans sa hauteur, et une masse plus compacte s'élève au nord sur l'horizon ; le vent ne décroît pas mais la lumière est terne, un peu douce, comme en cas d'incendie.
Recherches
C'est toujours "Présence panchounette" le mot clé le plus fréquent (et sans "actualité") parmi les accès à ce blog, après les mots clé qui ont trait à la météo, naturellement.
Jean Giono, Voyage en Italie (nrf p. 99)
"La sieste à Vérone a dû être prolongée aujourd'hui par la chaleur lourde et l'ombre des orages. La lumière est irréelle. Une épaisse voûte de cumulus nous met en cave."
vendredi 18 juillet 2008
Il faisait un vent génial à Marseille cet après-midi, dans la ramure optimale et doucement verte des platanes qui se mouvait en lenteur, ample, et témoignant au regard de la fraîcheur communiquée par ce même vent dans les rues, animées de cet air délicieusement rafraîchissant dans le soleil et sa lumière. Ce soir pourtant, il fait lourd, et ce vent, qui ne s'était levé qu'aux alentours de 5 h., est entièrement tombé. Hier, la brume s'est vite éclipsée sans vent dans le milieu d'après-midi, et la soirée est restée belle jusqu'au couchant, qui incendiait la grève dans des tons de braise à l'image du ciel et ses quelques nuées étales, sur une mer qui était bien rafraîchie, froide même, à un mètre sous l'eau.
jeudi 17 juillet 2008
Le ciel s'est voilé dans la fin de matinée sur Marseille, et la lourdeur de cette brume n'empêche pas la sensation de froid peu sûre mais gênante alors qu'on travaille immobile dans une pièce aux volets fermés. La lumière est blanche, presque laiteuse lorsqu'on lève les yeux ; il y a des courants d'air marins.
lundi 14 juillet 2008
L'arrivée par des odeurs chaudes sur l'aire méditerranéenne s'est prolongée samedi par des lourdeurs d'après-midi dans Marseille où l'ondée finit par se prononcer au milieu de la nuit, tandis que sur la terrasse, pour fêter une amie, nous avions fait partir des ballons lestés par une baguette à laquelle du feu faisait rendre des étincelles dans le ciel où il y avait trente ballons. À 4 h. le sol était sec déjà ; tout hier, depuis le matin à retrouver les amis de la fête, il y avait des courants d'air dans les maisons, le ciel bleu quand les fenêtres claquent, dans l'après-midi chaude et la soirée bien moins, car il n'était pas 19 h. lorsque, à la plage du Prado, nous nous sommes rejoints de nouveau, pour le repas du soir, et des amis, dont Géraldine qui a laissé le dernier commentaire sur ce blog, qui nous attendaient s'étaient recroquevillés dans des serviettes sans s'être baignés parce que le vent soufflait trop, qu'ils avaient froid. Le vent soufflait bien, les embruns ne se lassaient pas d'enjamber les digues en grosses pierres amoncelées, et le soleil n'était plus très chaud ; alors que la série des vagues se perpétuait, chacune se présentant à son tour au rivage en passant depuis le sud-ouest par l'ouverture au large aménagée entre les digues. Et ces vagues vigoureuses, même énormes sans dépasser 2 mètres mais par l'élan que la petitesse en surface d'une mer fermée ne leur permet pas de perdre, venaient s'abandonner dans une chute brutale sur la grève, leur fracas laissant, avec le vent, une place ténue pour la conversation de loin. On se baignait d'abord, montant sur la digue pour plonger depuis les rochers, et on y revenait car l'eau n'était pas froide — à peine fraîche et, heureusement, à pas beaucoup plus de 20 degrés. En fin de repas, le ciel au-dessus nos têtes était rempli d'un sens clair parce que nous mangions des tranches de pastèque, assis les uns près des autres sur le petit gravier de la plage artificielle où je déplorais que l'on ait choisi d'aller, pendant tout le trajet, car, en fait de plage, il y a mieux, quand on sait, et personne ne m'avait consulté quand j'étais seul à connaître, mais tout cela ne pouvait plus être regrettable en mangeant la pastèque assis le soir avec des amis et sortant de l'eau, tout le sel encore dans les cheveux humides. Aujourd'hui, le temps ne change pas, sinon le bruits d'avions à hélice en plus, et le vent qui augmente les claquements de portes, de vitres qui se brisent, de souffles calmes, accélérés, qui éclatent.
mercredi 9 juillet 2008
La soirée s'est passée en repiquant des oignons jusqu'à la nuit : quatre rangs, tandis que le cinquième, celui de départ, n'est pas encore éclairci sur toute sa longueur — on les éclaircira en les mangeant à mesure. Il faisait un temps idéal pour jardiner ce soir.
mardi 8 juillet 2008
Tandis qu'hier, du matin jusqu'au soir, il a fait une bonne journée avec de l'air, des nuages et du soleil dans les ciel bleu, sans chaleur trop marquée, mais avec une lumière resplendissante du soleil passant sous un ciel d'orage au couchant, créant un embrasement des collines au sud, avec ciel de plomb en arrière-plan de leur incandescence, et le départ d'un arc-en-ciel, sans autre conséquence qu'une pluie fine. Ce matin, le crachin régnait à dix kilomètres à la ronde, et tandis qu'au début les simples nuages bas laissaient penser que le temps se lèverait, la matinée demeurait froide et dans la grisaille jusque tard. L'après-midi fut beau finalement, mais dans les 20 degrés, et cela jusqu'au soir.
dimanche 6 juillet 2008
Ce matin, le ciel plat comme une mer de nuages qui serait calme le soir, et la tête en bas… Puis il a semblé que les nuages se dissipaient, qu'ils se formaient en masses éparses, diverses, avec des grands intervalles d'un joli bleu matinale, et vlan, le ciel a tourné, versé dans une masse plus soudée, grise sombre et orographique : basse et tenant du brouillard sur les collines de C. ou de B. seulement d'une centaine de mètres plus en altitude. Il ne faisait plus que 16 degrés en début de soirée, pour encore 30 hier (avec un temps aéré le soir, lourd l'après-midi mais ensoleillé tout les temps et plein de petits nuages presque ornementaux). C'est qu'un orage s'est abattu sur le coup des 4 h. du matin, par grosses gouttes isolées, lourdes, puis se rapprochant dans le cirque des éclairs et du tonnerre. La deuxième fois que j'ai compté les secondes entre, il n'y en avait qu'une.