Est ce un thème ou une introduction ?

" Au commencement, dieu fit… la lumière. Peu de temps après cela, dieu fit trois grosses erreurs. La première erreur fut appelée : homme. La deuxième erreur fut appelée : femme. Et la troisième erreur fut l’invention du caniche. (…) "

Je traduis à peu près ; c’est Frank Zappa qui parlait de façon si caractéristique, à New York il y a trente ans. Mais, il y aura quatre-vingt-trois ans demain, c’était la naissance de Maurice Roche, à Clermont-Ferrand… Peu m’importent les anniversaires, surtout par décennies (noces de bitume !), à cela près que les anniversaires se réfèrent à un commencement. On peut se rappeler cette remarque de Bertold Brecht qui en dit long sur le sujet : " Ce que nous célébrons aujourd’hui, ce ne sont pas les anciennes victoires, ce sont les anciennes fêtes. "

Recommençons donc : pourquoi commencer ici avec le mois de Novembre ? Pour ne pas commencer à partir de rien, essayer de commencer par le début de la fin. Quand il reste encore quelques feuilles condamnées sur les arbres, quand les jours n’ont pas fini de raccourcir… Mais ce sera bientôt. On recommence souvent à l’amont du début proprement dit ; on compte : 1… 2… 3… avant de commencer à jouer un morceau de musique.

Au commencement donc, la musique, ou l’envie de musique, c’est déjà ça. M. Roche avait commencé par écrire de la musique. Zappa s’était inventé quelque cosmogonie musicale avec l’idée d’une " grande note " ; quelque chose comme le son du big-bang (présumé tel). L’agrégat dont la résolution harmonique donne lieu à la vie, etc. La musique au commencement, in utero donc, c’est-à-dire AVANT la naissance. À l’amont du commencement, la musique et son envie passent nos tissus.

Peut-être était-ce là parmi les hypothèses jetées comme base à la " méthode Tomatis ", dite de l’accouchement phonique, et qui, grossièrement, consiste à vivre à nouveau, sur le plan acoustique, sa naissance, en vue de rétablir certain trouble éprouvé personnellement. Cette méthode s’était vue couronnée de quelques succès, notamment pour le fils de ma professeur de solfège qui, enfant, entendait à gauche avec son oreille droite, et inversement. Ce qui, pour le fils d’une pianiste, pouvait induire la conception du grave à droite et de l’aigu à gauche, voire du bien en bas et du mal en haut.

Monsieur Tomatis n’en a pas moins dû quitter la France pour le Canada. Et je n’oublierais pas l’expression sur le visage de son fils auquel, travaillant au guichet de prêt à la bibliothèque municipale et voyant son nom sur sa carte, je demandais pour passer le temps s’il était parent avec l’auteur de la méthode homonyme ? L’expression était incomplète lorsqu’il me répondait par l’affirmative, mais elle s’étoffait d’un tas de traits (soupir, amusement, curiosité, embarras) quand, à ma question de savoir si c’était son oncle, il répondit : " Non, c’est mon père… "

La musique au commencement de la fin, et le paysage à la fin de tout. L’univers dépeuplé reste (quoique anti-perceptible) un paysage concevable. Notons que le caractère de mélancolie dont un paysage se teinte volontiers (plus encore au printemps qu’à l’automne d’ailleurs, et cela dépasse la végétation qui le cause pourtant), se trouve rehaussé par les moyens dont le paysage se dote. Au chemin, aux routes, la voie ferrée venait ajouter une fluidité nouvelle, un accord, et puis le travelling de cinéma, dans le champ d’abord puis hors du champ. Le vélo développait cette fluidité d’un calme qui, retirant à la machine un peu de son ampleur du fait de sa propulsion par l’homme, avait cependant l’avantage, par ce fait même, d’harmoniser ce moyen de paysage avec la personne, son rythme ou ses absences. Contrastant avec les moyens de transport en commun, ou l’art… Ces aspects si capitaux du rythme personnel, de l’individuation du paysage, de la fluidité, de l’ampleur enfin, l’autoroute les a parfaits. Il ne fait pas de doute qu’un endroit dans lequel une autoroute passe est un endroit lynchable sur le plan sonore.