J'écoute la Partita n° 2 pour violon de J. S. Bach par Sandor Vegh et me demande : est ce que cette musique ne serait pas américaine dès lors qu'elle est conçue, écrite et jouée [écoutée] à une (ou des) époque(s) postérieure(s) à la découverte de l'Amérique ?
Il y a dans la [fameuse] Chacone de cette Partita une dimension épique avec rien qui la fasse tenir à l'Antiquité, rien d'Homérique ; bien que pour affirmer cela il me faudrait peut-être avoir une conception de ces choses qui leur soit contemporaine. On peut dire en tous cas que cette dimension épique, amplitude d'accent, se prononce pour une conscience présente et non connue ou ancienne. Car c'est bien au plan de la conscience que ça se joue, la musique étant ce que nous avons de plus fin, avec la langue peut-être, comme construction sensorielle de la conscience. Et on ne peut pas imaginer qu'avant 1750, Bach, né en 1685, n'était pas au courant de la découverte de l'Amérique deux cents ans plus tôt.