dimanche 26 juillet 2009

Jean Giono, Pour saluer Melville (Nrf, p. 82)

À six heures du matin, le ciel était clair au-dessus de Grays-Inn. De petits cirrus étaient étalés comme une aile immense éclatante de blancheur dans les élancements d'une aube verte. À chaque instant de nouvelles plumes s'ouvraient, faisant bouillonner sous elles un peu d'air rose. "Oh !" dit Herman, "cette fois, c'est le grand jeu, tu es beau comme tout ! Tu as donné un fameux coup de pied à l'armoire, je ne t'avais jamais vu si beau. Seulement, ça c'est des ailes de cérémonie nuptiale. Tu n'as pas peur qu'elles... [Lire la suite]
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samedi 25 juillet 2009

Temps radieux, quoique frisquet ce matin, le vent qui s'était levé l'autre jour, vaste et lent, flirtant le soir alors que nous dinions dans le jardin, sous les roses qui du ponant striaient quelques fumeuses nuées, avec le goulot d'une bouteille de bière, vide, sur la table, et en tirant un sifflement grave et ovale, choral, chaleureux comme une accolade météorique, tombé hier, semble reprendre du service avec toujours plus de sagacité.
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mercredi 22 juillet 2009

pêche au vin sans vin…

Le coup de tonnerre des Corbières s'est répercuté tard le soir même, ici, redoublant de force, et laissant prévoir un orage brutal, avec le grand jeu d'éclairs se réverbérant au loin, en bleu froid, sur l'imposante masse de nuages, de toute part, nous séparant et nous reliant à la fois à ce lointain. Puis il a plu, fort, longtemps, mais pas en quantité notable. Par la suite, sans que la chaleur étouffe, ce fut un temps clément, sec malgré de vagues rosées matinales, jusqu'à ce qu'hier un vent large se mette en branle, courbant tout en... [Lire la suite]
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jeudi 16 juillet 2009

Poulet rôti, pommes dauphines, salade à l'ail…

Dans l'air humide, marin, et orographique à souhait, des Corbières, où régnait une brume fine sous un plafond floutant les crêtes avant de se lever, en fin de matinée ; il y a eu un roulement de tonnerre fort soudain, et d'une désarmante franchise, sur les hauteurs d'Opoul, près du château ruineux tandis que plus loin, par quelque jour dans le ciel, un carreau de lumière se déployait sur un flanc calcaire en regard des étangs.
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samedi 11 juillet 2009

Gadda, L'affreux pastis de la rue des merles (p. 190)

"Et puis voici, au-delà des nuages, flotille qui longeait les récifs d'Orient, l'opale se changer en rose, le rose s'amasser en strates de carmin ; voici s'étendre au nord, partout, la bleuissure du jour qui se déploie. Alors, sur la ligne des crêtes, grandit le sourcil coruscant. Une pointe de feu, piquée aux cimes des Ernici ou des Simbruini, et c'est l'insoutenable pupille, le coup d'œil rasibus, foudroyant, du bel astre, du grand falot. Les étendues grisâtres du Latium s'éclairaient et se topographiaient en ronde bosse,... [Lire la suite]
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vendredi 10 juillet 2009

Gadda, L'affreux pastis de la rue des merles (pp. 186 et 187)

"L'autre moitié du temps, au fin fond, sur le littoral de Fiumicino et de Ladispoli, ne faisait qu'un seul troupeau de couleur bistre, s'estompait en bleuissures de plomb : brebis crottées, tassées, compactes, happées aux fesses par leur chien berger, le vent, celui qui sème la pagaille à travers cieux. Quelque soudain coup de tonnerre, brrrwouwou, eut l' culot, nom de nom,d' se manifester lui aussi : un vingt-trois mars !"
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jeudi 9 juillet 2009

pâtes accomodées à la tomate et aux artichauts, pêche au vin

Ce n'est rien de le dire : le temps s'est refroidi depuis presque une semaine, ayant fait succéder aux effets d'annonces des effets d'averses. Bref, c'est sec. L'éclairage diurne est fréquemment nuancé par le passage de nuées plus ou moins vastes, regroupées ou parcellaires, qui défilent généralement assez vite, car il y a constamment un peu de vent : pas de bourrasques, mais un brave courant d'air plein d'élan, qui sifflote ou se frotte par moments dans les branchages généreusement garnis. Temps changeant mais presque toujours aéré,... [Lire la suite]
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mercredi 8 juillet 2009

Gadda, L'affreux pastis de la rue des merles (p. 186)

"La tramontane ayant fléchi la veille, voici venir, alternant les auspices, le souffle chaud, sur la peau et sur les visages, l'haleine gratuite et ormais mollissante d'une rafale de siroc. Là-bas, derrière Tivoli et Carsoli, des flotilles de nuées horizontales, toutes embouclettées de cirrus, avec des simili-pompons safrans, fonçaient l'une après l'autre à la bataille, cinglaient allègrement au casse-pipe : où donc ? jusqu'où ? Dieu sait ! Sûrement là où les envoyait se faire foutre leur amiral, comme le nôtre nous envoie,... [Lire la suite]
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dimanche 5 juillet 2009

L'Affreux pastis de la rue des merles, C. E. Gadda (éd. Seuil p. 153)

"Arrivé en vue de Ciampino ou de la Palomba, le Santarella levait les yeux : là-haut, tout là-haut, à la mi-mars et en plein ciel, de blanches caravanes de nuages défilaient sans que jamais royal V. E. ne les poursuive. Mais quelqu'un devait bien se charger de les harponner eux aussi : et c'était la pointe argentée des antennes, comme font les dents d'un peigne emmi l'ouate. Et dans la toison du fuyant, neigeux troupeau, on pouvait voir éclore, en perpétuelle anamorphose, pour ensuite se refermer en des présages d'une... [Lire la suite]
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vendredi 3 juillet 2009

Vacances

La liberté du citoyen fait consommateur (je traduis : le-client-qui-n'est-pas-roi), c'était de pouvoir jeter, se débarrasser sans souci des monceaux de biens matériels, foutaises et merdouilles aussi bien que certains biens utiles pour une période limitée, mais encore des gadgets innombrables, bibelots ou accessoires indispensables, babioles feignant d'être devenues des outils — toutes choses dont on charge les personnes dès l'école, laïque, dès la petite enfance même pour les besoins de notre tempérament industrieux. Cette liberté... [Lire la suite]
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