lundi 21 juillet 2008
Jean Giono, Voyage en Italie (nrf p. 99)
"La sieste à Vérone a dû être prolongée aujourd'hui par la chaleur lourde et l'ombre des orages. La lumière est irréelle. Une épaisse voûte de cumulus nous met en cave."
vendredi 4 juillet 2008
Alain Dister, Frank Zappa et les mothers of inventions (éd. Albin Michel/Rock&folk, p. 7)
"Il pleuvait sur Melrose Avenue. Les rails d'un chemin de fer luisaient sous les néons. La grosse Chevrolet rouge, prêtée par un ami, sursauta en souplesse au passage à niveau. Un peu plus loin sur l'avenue, une quelconque voiture conduite par une femme un peu paumée la heurta par l'arrière, sans grand dommage. Il y aurait tout de même pour une bonne poignée de dollars de réparations, et l'ami ne serait pas content. Après, plus de Chevrolet rouge pour partir en virée dans ces rares coins de Los Angeles où l'on pouvait trouver de l'animation jusqu'à des heures avancées."
dimanche 29 juin 2008
Georges Perec, "Penser / Classer" (éd. Hachette 1985, p. 45)
"Sur un nombre impressionnant d'affiches apposées sur les encore récents abribus, trois bambins aux regards terriblement 'enfantins' ont, pendant une ou deux semaines, vers octobre dernier, adéquatement mis en valeur les pull-overs, écharpes et bérets susdécrits : leurs poses, leurs expressions, leurs vêtures, leurs relations, aussi bien sur le plan de la mythologie publicitaire que sur celui de ce que l'on pouvait supposer être la réalité (leur existence en tant que modèles, le rôle qu'on leur faisait jouer, le rôle qu'ils se jouaient à eux-mêmes, l'entassement successif des investissements — psychiques et économiques — dont ils étaient en même temps l'enjeu et les moyens) me sont apparus comme une des manifestation les plus ignobles du monde dans lequel nous vivons."
mardi 3 juin 2008
Jean Giono, Le sommeil (dans "La Chasse au bonheur" éd. Folio pp. 73 74)
"…) Pendant ma prison de 1939, on me mit au secret pour vingt jours. Ce qui est un maximum : on est dans l'obscurité la plus complète, on n'est nourri qu'une fois tous les quatre jours avec une cruche d'eau et du pain sec qu'on vous passe sans un mot par un guichet, qu'on ne voit pas et dont l'ouverture ne se signale que par un cliquetis. Sortant de ces vingts jours extraordinaires, le capitaine commandant le fort Saint-Nicolas, où j'étais interné, voulut voir comment j'avais supporté ce secret et me fit comparaître devant lui : 'Pour ma part, mon capitaine, c'est raté, lui dis-je. Si vous m'aviez nourri de viandes rouges et de vin de bourgogne j'aurais pu m'énerver, mais de l'eau, du pain sec, de l'obscurité, la paix, le silence : j'ai dormi, et, quand on dort il n'y a pas de prison. Recommençons, si vous voulez.' (…"
dimanche 1 juin 2008
Hubert Damisch, " Théorie du nuage" (éditions du Seuil, p. 262)
"Le nuage, s'il décourage le dessin, ce n'est pas tellement dans son apparence formelle, mais par son instabilité, son évanescence. On peut à la rigueur dessiner 'un' nuage avant qu'il ne se dissipe ou ne se transforme ; entreprendra-t-on de restituer l'ordonnance d'un ciel couvert de nuées, on devra se contenter de quelques lignes hâtives, pour terminer ensuite de mémoire."
jeudi 15 mai 2008
Roger Heim (en 1965) Président de l'Académie Nationale des Sciences — repris dans un courrier de l'association Kokopelli
«On arrête les “gangsters”, on tire sur les auteurs des “hold-up”, on guillotine les assassins, on fusille les despotes - ou prétendus tels - mais qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leurs profits et à leurs imprudences ?»
lundi 12 mai 2008
Bertolt Brecht ("Sur l'art ancien et l'art nouveau" dans "Sur le cinéma" éd. L'Arche, p. 91)
"… (autrement dit, ce que l'on célèbre aujourd'hui, ce ne sont plus les anciennes victoires, mais les anciennes fêtes)."
mardi 22 avril 2008
Marcel Proust, "À l'ombre des jeunes filles en fleurs" (Livre de poche, page 64)
"Il soufflait un vent humide et doux. C'était un temps que je connaissais ; […"
lundi 14 avril 2008
Richard Brautigan "La dactylo d'Ernest Hemingway" (ds "La vengeance de la pelouse" ; 10/18 p. 76)
"Il a dit qu'elle se charge de tout. Il suffit de lui remettre le manuscrit, et comme par enchantement vous avez une orthographe séduisante et parfaite, une ponctuation belle à en pleurer, et des paragraphes comme des temples grecs, et elle finit même les phrases pour vous."
mercredi 19 mars 2008
Danièle Voldman, "Fernand Pouillon, architecte" (éd. Payot p. 71)
"Ils prévoyaient donc d'utiliser, comme cela se pratiquait à l'époque, des pierres du pont du Gard ainsi que la pierre dure de Cassis pour les maçonneries et les escaliers."