dimanche 1 novembre 2009
Les tombes sont fleuries de neuf. Aux abords du cimetière, au pied du muret mais du côté hors l'enceinte, on voit parmi les ronces harassées par la sècheresse, ici ou là, des petits tumulus de terre. Tronc de cône ou de pyramide, formés d'une terre que la résille saturée des radicelles retient en forme, ce sont les pots de l'an passé retournés là pour les vider, leurs fleurs défuntes à présent, et y planter du neuf. La sépulture originelle apparaît ainsi marginalement, caractérisée par sa réalisation à l'improviste et face à l'échéance.
jeudi 22 octobre 2009
Pour François Chaslin
En ôtant le lierre qui recouvre un muret mitoyen sur le pourtour du jardin de Mme R. ce matin, je me faisais cette réflexion en voyant le lierre pousser indifféremment depuis le côté du mur où je me trouvais, et de l'autre côté. Le lierre ne pousse pas sur le mur, mais l'enveloppe de part et d'autre. Il ne fait pas de doute que les pousses d'un côté puissent provenir de la même souche que celle de l'autre côté, forant le mur dans sa partie basse, empruntant là quelque lit, pour aller trouver le jour derrière. C'est une enveloppe totale qui pourrait, théoriquement, finir par dissocier le mur de son fondement. Et c'est un peu cela qu'essayait d'évoquer l'animateur de l'excellente émission d'architecture, Métropolitains, dans son édition du 8 de ce mois.
Il faisait remarquer à l'une de ses invités que les normes environnementales touchant à l'isolation des bâtiments dans un but énergétique avait pour inconvénient ce risque : emmitoufler toute construction dans un anorak, enveloppant les reliefs, ouvertures et détails, imposant d'éventuels bourrelets, etc — c'est moi qui en rajoute un peu. Et par là rendre d'allure identique tous les bâtiments, les appariant tout au moins, et surtout dans le cas d'adaptation des bâtiments anciens aux normes énergétiques nouvelles. Bref, ce recouvrement n'est pas sans rappeler celui du lierre, c'est-à-dire un parasite affectant la relative liberté de penser une construction. L'invitée de Chaslin se débrouillait de cette critique en disant que dans certains cas… bref, elle avait des contre-exemples. Reste que longtemps avant l'écologie les bâtiments ont été conçus en regard de leur milieu naturel, et qu'il y a pour cette question prégnante de ce que coûte l'alimentation d'un bâtiment une réponse générale qui consiste à le rendre hermétique. L'enveloppe donc, pourrait se traduire physiquement comme ce que les modes donnent à voir, mais ce serait une mode dictée, qui viendrait se greffer là comme un parasite. Cela ne mériterait pas d'essayer de voir les choses en face si la question économique des énergies n'était pas grave.
Ce qui est marrant, c'est qu'un invité de l'émission la semaine suivante, François Seigneur, racontait une œuvre qu'il avait réalisée, consistant en une surface peinte dans l'espace d'un bâtiment, un passage, et qui devait être entretenue chaque année par l'addition d'une couche de peinture supplémentaire. Et il illustrait l'un des enjeux de cela par cette formule à peu près : "il se passait le truc que tout le monde connaît, c'est qu'à force de rajouter une couche de peinture sur une fenêtre, on ne peut plus la fermer."
mercredi 23 septembre 2009
C'est l'automne, ça donne envie de parler du temps qui change, de la brume ce matin dans l'aube naissante qui circulait dans le pré comme une lange, adoptait des postures de vague lente. Cette lenteur qu'on peut rencontrer dans un film passant à l'envers. On remarque, pourtant, que les formules de Federman, sommaires, suffisent à faire climat, ou l'ambiance. La partie pour le tout, ça marche avec la météo. Cependant, il recourt abondamment à la récurrence de son ambiance, dans "Moinous & Sucette". Ce qui produit une insistance sur le climat, pas plus. Vargas, au contraire, essaye d'incruster la météo dans son intrigue, et c'est peut-être pour cela qu'elle emploie des descriptions massives. Sa météo prend une allure de truc, dans le sens policier. Mais peut-on comparer une nouvelle avec une sonate ?
samedi 22 août 2009
Il faut mentionner ici ce qui, depuis presque deux ans, motive d'une façon inséparable de la météo ce blog. Le paysage est bien évidemment le cadre de toute météo, et l'on voit dans ce passage de l'article de Paul Pfister quelle confusion peut sourdre emmi l'espace perceptible du ciel sur la terre : des activités de l'homme et des météores à proprement parler. C'est cet espace, que l'on appelle paysage quand il est donné pour cadre de ces différentes choses, qui fait que la météo tel que Federman la relate m'aurait moins tenté, ici, et davantage celle rapportée par Michon — à vrai dire surtout pour ce mot de "fulgurations" — dont la description du temps offre par ailleurs ce caractère sommaire, sinon l'effet fulgurant, et la tournure combinant la phrase comme combinaison du lieu et du temps qu'il y faisait, que l'on a plus marqué chez Federman : la formule qui appelle un projet de l'ambiance dans la lecture.
lundi 17 août 2009
J'ai voulu rapporter le mot de Federman ci-avant spécialement parce que c'est une chose que je n'aurais pas écrite, et surtout pas comme ça. Cela n'empêche que j'ai apprécié son livre. Ce n'est pas le peu de cas qu'il fait du détail météorologique qui me laisse penser que je ne puisse pas écrire ainsi le temps qu'il a fait : c'est la façon dont est formé ce couple de phrases. Peut-être aurais-je pu écrire le second segment, pourquoi pas, mais certainement pas le premier. "Quant au temps ce jour-là." Je n'en reviens pas qu'il parvienne à un point si promptement, à cet endroit. Je passe sur le verbe implicite, en ellipse, mais il me semble complètement abracadabrant de ne pas relier cette phrase à la suivante comme une proposition relative, par une virgule. J'aurais déplacé la virgule qu'il place après "disons" et c'était fait. Si je comprends qu'il puisse marquer un arrêt entre "disons" et "chaud", je m'étonne qu'il ne l'est pas fait en renversant la phrase : humide et chaud, disons. C'est donc le détail de la ponctuation, du menu fretin pourrons penser certains lecteurs, néanmoins, dans la dimension parlée de cette écriture, rien n'exige le point, la découpe en deux phrases qui entretiennent un rapport de cause à effet. C'est davantage une manière, presque réflexe, qui l'amène, peut-être depuis la phrase anglaise. Reste qu'en l'absence de détail météorologique, et si l'on est renseigné sur le lieu, "chaud et humide" ça en dit déjà long, ce qui m'épate toujours, comme dans la concision de certaines descriptions.
jeudi 25 juin 2009
L'autre jour au marché du chef lieu, j'ai remarqué que l'homme en combinaison grise à double fermeture "éclair", qui vendait du fil de fer barbelé au détail à peine déballé par terre depuis le haillon de sa fourgonette, et qui avait, émergeant de sa chevelure en broussaille tout ardente d'argent, à l'égale de sa barbe en mosaïque à faire pâlir le conservateur du musée de Biot, une bosse nue, là au milieu du crâne : un relief chauve gros comme un œuf d'autruche, qu'il coiffait pudiquement d'un bob Ricard certains jours de grand soleil, et en regard de quoi les cornettes prêtées à Moïse par Michelange sur le tombeau de Jules II ressemblent à des capuchons de stylo Bic ; cet homme donc, n'a plus cette bosse bizarre, et même monstrueuse. Ses cheveux toujours longs et d'un gris iridescent sont coiffés en arrière, étals de dignités comme sa barbe, elle aussi apaisée, peignée.
vendredi 12 juin 2009
Diverses
Ébats de tourterelles dans la charpente du clocher ; je me souviens désormais ce que je voulais noter hier ici. C'est un acte manqué d'une journaliste radio qui me l'a rappelé ce matin, à propos de l'encouragement aux laboratoires pharmaceutique de produire des vaccins contre la grippe porcine, elle voulait dire : l'O. M. S. a encouragé, etc. Mais elle a dit l'O. M. C. ! Puis s'est reprise. Revenons à présent sur la polémique autour du maire socialiste d'Evry, et son propos problématique, en évoquant publiquement un manque d'habitants à la peau blanche dans sa commune. Il a eu ces mots pour désigner ces habitants manquants : "blancs, white, blancos". C'est ce recours à des vocables étrangers qui me paraît au cœur du problème. Je ne sais comment dire le jeu de va et vient que je perçois entre ces termes étrangers (soi-disant d'expression familière ou relâchée) d'une part, les étrangers que cela désigne sans les nommer d'autre part, et enfin la façon dont les personnes qu'on appelle à prendre leur place sont étrangères, différentes, de ces gêneurs. Il ne fait pas de doute que cette façon de dire "white, blancos" vise à éviter de dire, black, négros, blacky, noirot, bronzés, nègres, etc. Les blancs souhaités ne sont pas mâtinés, non. Et bien entendu, ce recours à des mots étrangers a pour but de tempérer, effacer ou atténuer, la demande d'une présence "blanche" et ce que cela peut avoir de violent. Cette formulation abrite en réalité le problème suivant : il n'est pas de mot commode pour stigmatiser l'étranger. L'anglicisme "black" a été un temps mieux perçu que noir, qui a été mieux perçu que nègre, moins gênant parmi les populations blanches de France. Les français noirs de peau, et les africains francophones, ayant encore un rapport plus personnel avec cette question, puisqu'ils y mettent davantage en jeu leur fierté.
mercredi 3 juin 2009
Poulet rôti, pommes de terre sautées, asperges, fraises
Ça me rappelle mercredi en 15, les amuses gueules de l'inauguration au Musée Magritte, à Bruxelles : la douzaine de sortes de ramequins différemment garnis (ajoutez une seconde douzaine pour les douceurs, puis passèrent de petites assiettes, à nouveau différemment garnies : ris de veau aux morilles, etc.), et le Sancerre qui coulait à flot. Et quelle n'avait pas été ma surprise lorsque, alors que les buffets n'étaient pas encore garnis, que ne coulait qu'un peu de soda, d'eau plate ou non, lorsque nous formions une file d'attente, stationnaire parce qu'il n'y avait plus de place dans l'auditorium pour assister avec leurs majestés à une séance académique, ainsi qu'on le traduit mot à mot du flamand, c'est-à-dire un récital et un speech de Gérard Mestrallet, et avant de nous disperser en apprenant cela dans la grande galerie du Musée des Beaux-arts, dont la file d'attente occupait bien la moitié de la longueur — nous, donc moi, mais surtout des cadres ou amis, et parents, de Suez ou Gaz de France, mélangés d'amateurs d'art et de collectionneurs vieux et roublards, tremblotant mais toujours à l'affût, les cheveux parfois abondants et peignés en arrière, le flair puissamment exprimé sur leurs visages ridus, plus ou moins bouffis, décatis mais âpres et goguenards, dont l'un prenait un autre à parti, proche de nous, en rigolant, pour lui dire, vous ne me reconnaissez pas, je suis le seul à vous avoir revendu tel exemplaire de bibliophilie plus cher que vous ne l'aviez initialement vendu… Hahaha… Oui, en Mai 68 il n'y avait personne à Drouot, et j'ai acquis ceci, ainsi que cela, pour quasiment que dalle, sans enchérir — ma surprise donc, de voir que de toute la file d'attente, eh bien, c'était moi qui avais les plus belles chaussures. Les femmes faisant exception, évidemment, car contrairement aux hommes, communément, voire vulgairement chaussés, ou sans goût dans le modèle de série qu'ils portaient, elles portaient pour certaines des ensembles dignes de ce nom, et donc des chaussures, bicolores comme leurs tailleurs, genre impressionnistes ras la touffe : soit pudiquement mi-cuisse, car il y en avait de mûres à croquer, jouant tout sur le reste. Une grande gigue notamment, genre méridionale ayant fait carrière dans les épousailles de banquiers suisses ou belges, avec un des ces tailleurs, et la coiffe léonine tirée au cordeau — mais surtout cette petite voix de femme, goulue et innocente, surgissant lorsqu'on la laissait passer, se précipiter devant telle peinture, qui n'était pas "Les Compagnons de la peur", allant dire ensuite d'une voix atone à son banquier que ça c'était vraiment…
lundi 1 juin 2009
Un orage, violent, dans la nuit d'avant-hier à hier, a donné lieu à une coupure de courant électrique. Je passe sur les détails : pas possible de faire fonctionner l'ordinateur nécessaire aux fournitures d'un blog. Cela s'ajoutant de surcroît à l'orage intérieur qui me donne très modérément envie de rendre compte du temps qu'il a fait chaque jour. J'ajoute (à mon tour), à l'adresse aimable de mes 3, 6 lecteurs réguliers (changeant peut-être aussi), qu'il ne faudra pas s'étonner d'éventuels changements ici. Ce soir, trois ou quatre longs filets de nuages parfaitement horizontaux, perdant des morceaux par la bande inférieure, floue, sont teintés de rose par l'ouest.
vendredi 8 mai 2009
Comme le disait une voisine tout à l'heure, scientifiquement : "Si ça s'trouve y pleut quelque part…"