En ôtant le lierre qui recouvre un muret mitoyen sur le pourtour du jardin de Mme R. ce matin, je me faisais cette réflexion en voyant le lierre pousser indifféremment depuis le côté du mur où je me trouvais, et de l'autre côté. Le lierre ne pousse pas sur le mur, mais l'enveloppe de part et d'autre. Il ne fait pas de doute que les pousses d'un côté puissent provenir de la même souche que celle de l'autre côté, forant le mur dans sa partie basse, empruntant là quelque lit, pour aller trouver le jour derrière. C'est une enveloppe totale qui pourrait, théoriquement, finir par dissocier le mur de son fondement. Et c'est un peu cela qu'essayait d'évoquer l'animateur de l'excellente émission d'architecture, Métropolitains, dans son édition du 8 de ce mois.

Il faisait remarquer à l'une de ses invités que les normes environnementales touchant à l'isolation des bâtiments dans un but énergétique avait pour inconvénient ce risque : emmitoufler toute construction dans un anorak, enveloppant les reliefs, ouvertures et détails, imposant d'éventuels bourrelets, etc — c'est moi qui en rajoute un peu. Et par là rendre d'allure identique tous les bâtiments, les appariant tout au moins, et surtout dans le cas d'adaptation des bâtiments anciens aux normes énergétiques nouvelles. Bref, ce recouvrement n'est pas sans rappeler celui du lierre, c'est-à-dire un parasite affectant la relative liberté de penser une construction. L'invitée de Chaslin se débrouillait de cette critique en disant que dans certains cas… bref, elle avait des contre-exemples. Reste que longtemps avant l'écologie les bâtiments ont été conçus en regard de leur milieu naturel, et qu'il y a pour cette question prégnante de ce que coûte l'alimentation d'un bâtiment une réponse générale qui consiste à le rendre hermétique. L'enveloppe donc, pourrait se traduire physiquement comme ce que les modes donnent à voir, mais ce serait une mode dictée, qui viendrait se greffer là comme un parasite. Cela ne mériterait pas d'essayer de voir les choses en face si la question économique des énergies n'était pas grave.

Ce qui est marrant, c'est qu'un invité de l'émission la semaine suivante, François Seigneur, racontait une œuvre qu'il avait réalisée, consistant en une surface peinte dans l'espace d'un bâtiment, un passage, et qui devait être entretenue chaque année par l'addition d'une couche de peinture supplémentaire. Et il illustrait l'un des enjeux de cela par cette formule à peu près : "il se passait le truc que tout le monde connaît, c'est qu'à force de rajouter une couche de peinture sur une fenêtre, on ne peut plus la fermer."