Le jour s'est levé dans le brouillard, on ne voyait pas les grands pins de chez T. qui bordent le village à l'Ouest ; les arbres qui, à l'avant plan, bordent le terrain de boules, et les maisons les plus proches, n'étaient visibles qu'en profils de grisaille dans le gris lumineux du brouillard, dense mais peu épais et qui s'est levé complètement après midi pour laisser place à un ciel bleu d'hiver, le soleil à peine voilé par quelque résidu uniforme du brouillard, mais si diffus que la chaleur, sensible cependant, du soleil faisait défaut, signifiait quelque chose de l'hiver. La nuit en tombant a rapporté de la brume, perceptible surtout à proximité des lampes.

L'homme que nous avons pris en stop hier, et qui allait au Puy faire ses courses parce qu'il n'avait pas son permis, nous a-t-il confié, parce qu'il avait "fait des conneries" dont il avait des amendes à payer, choses qu'il assume affirmait-il malgré sa tentative de dissimuler dans une barbe de trois jours le point du mac qu'il portait, nous a aussi raconté qu'il travaillait dans une salaison. Puis, sans y penser, les meringues qu'il prépare lorsque sa fille vient le voir, la qualité que celle-ci trouve à ces meringues et, sur un ton étonnant pour la chose, nous a laissés entendre que ce n'était pas un miracle qu'il fît de bonnes meringues, que ce n'était pas compliqué, puisqu'il s'agit de battre les blancs en neige ferme, sucrer à son goût et surtout cuire à feu doux, le moins fort possible, en laissant entre-ouverte la porte du four. Livrant ainsi, par sa connaissance de la recette, à la fois la modestie de sa compétence et l'intelligence qu'il en avait, sa faculté de l'avoir faite sienne, quand bien même, entendait-il, ce n'est que la recette universelle des meringues.