"A part ces petites apparitions, il ne s'y produisait d'accidents notables qu'au-dessus de la terre, au ras du ciel, sur cette ligne où se construisent les nuages. Depuis que l'automne, en amenant les vents de mer, avait modifié les aspects de la plaine ils avaient peu à peu élevé, d'abord vers l'ouest, l'immense édifice de la pluie. Chaque soir cette ville élastique étendait ses masses colorées et occupait un peu plus l'horizon. Elle gagna d'abord du terrain vers le sud où l'on vit, pendant quelques jours, monter, vers cinq heures du soir, la tête obstinée d'un nuage. D'autres apparurent bientôt qui glissaient sournoisement dans le lointain, le long des bois bleuâtres, jusqu'à toucher, vers l'Est, à ces purs mouvements du sol, derrière lesquels, en été, quand il fait clair, on voit descendre les étoiles.
Enfin, un matin, le ciel du nord apparut plat et sans couleur. Sans qu'on y eût noté, la veille, la moindre formation de nuées, il avait pris sa place à l'horizon d'hiver."