Je profite de ce jour de pluie d'une monotonie circonstanciée, sinon le leurre, ce matin, qu'il allait faire une jolie journée, pour annoncer que, depuis cet été, ce blog a déménagé. Le village, jusqu'au printemps, dont on ne voyait plus le terrain de boules sous l'effet des brumes matinales, se trouvait à cinq cents et quelques mètres d'altitude dans le nord de l'Aveyron, non loin de la Lozère. C'était un endroit frontalier de plusieurs aires géographiques, et les prévisions de la météo nationale pouvaient y paraître caduques. Par exemple : "il fera 8 à 10 degrés dans la moitié nord, et de 10 à 15 dans la moitié sud" ; mais dans cette contrée, pourtant dans la moitié sud, il faisait 3 degrés ce jour-là. Désormais, la fenêtre se trouve dans une moyenne bourgade, comptant tout de même cinq salons de coiffure, soit deux de trop selon l'un de ces professionnels du cheveux. Et il est vrai que c'est beaucoup, pour une bourgade qui, le troisième mercredi du mois, ne voit sur sa foire agricole que quelques marchands de slips, de parapluies, de pyjamas ; pas l'ombre d'un brodequin, et quant aux bêtes, zéro. Ce qui est remarquable, en passant de 350 à 1500 habitants, outre que l'on perd deux cents mètres de dénivelé, c'est que la minute de silence devant le monument aux morts change de statut, de registre. Ici, d'abord, elle est sanctionnée par une sonnerie de trompettes, car la commune jouit d'une harmonie qui rehausse le caractère de la cérémonie, mais surtout, elle dure moins d'une minute. Disons qu'elle dure une minute la sonnerie incluse : pour un silence, c'est original. Aux portes de l'Aubrac, dans un bourgaillon doté d'un boucher ambulant, une minute de silence, ça portait sur une minute, et jusqu'aux crêtes estompées qui encadrent l'agglomération, la ronce feignait le silence. C'était la mort acoustique devant le monument ; c'était une minute extrêmement partagée. L'autre fait notable, c'est qu'ici, c'est-à-dire passé un certain nombre d'habitants, certains assistent à la cérémonie derrière leur fenêtre ; à condition d'habiter place du monument.