Voici quelques semaines, je circulais en voiture autour d'un large carrefour sur le bord duquel étaient postés deux policiers qui me firent signe de venir arrêter ma voiture près d'eux. N'ayant emporté ni la carte grise de la voiture, ni mon permis de conduire, j'étais confus lorsqu'ils me demandèrent de les leur présenter, au point de ne pas même essayer de les persuader que ces deux documents se trouvaient ensemble dans le sac à main de mon épouse, suspendu parmi des manteaux, chez nous… Bien entendu, je m'adressais aussi simplement et poliment que possible aux honorables fonctionnaires de police. Par chance, j'avais avec moi ma carte d'identité, puis, mon "véhicule" se trouvant ce jour-là dans le délai précédant une contre-visite du contrôle technique, je m'empressais de produire également le feuillet rendant compte de la première visite qui, heureusement, était resté dans la boîte à gants… Pendant que l'un des policiers lisait ce papier-là, tandis que benoîtement j'insistais pour témoigner de ma bonne foi (car si nous sommes tenus de rouler avec notre permis de conduire en poche c'est notamment pour que les conducteurs ivres se le fassent retirer sur le champ — n. b. j'étais sobre comme le granit), et de ma confusion, son collègue trouva bien de me narguer dans cette situation déjà pénible, avec une remarque sans issue, consistant à me demander sans rire si, puisque je partais en voiture sans papier, est ce qu'il m'arrivait aussi de le faire sans les clés ? Humiliation bénigne : je ne pouvais rien répondre qui n'allât dans son sens ; mais qui se colore, peut être inconsciemment, insinuant que si je roule sans la clé, je suis un voleur de voiture, et comme chacun sait les voleurs peuvent être en défaut de papier. Pour finir, après avoir parcouru le compte rendu de contrôle technique, le docte collègue du donneur de leçon s'enquit de savoir si l'on n'avait rien noté concernant ma plaque d'immatriculation lors dudit contrôle, car le fait qu'elle tînt avec un fil de fer lui semblait problématique. Bien entendu, deux amendes vinrent sanctionner cette rencontre, dont il ressort que l'argument de Pier Paolo Pasolini (dans un texte que l'on pourra lire dans l'ouvrage publié par le Centre G. Pompidou "L'époque, la mode, la morale, la passion"), qui prend la défense des policiers contre les étudiants ; notamment que les premiers supportent le vieil uniforme qui sent la soupe, et qu'ils gardent, malgré cette pesante vêture, assez de volonté pour apprendre un peu de Russe le soir sur la table de leur cuisine, n'est plus un argument valide.